Regard sur la Vie ... sur ma Société au fil du Temps...
Voici notre histoire…
Enfants,
nos deux familles étaient les premiers à habiter notre actuelle résidence … donc par la force du voisinage … on s’est rapprochées.
Elle,
Elle était plus âgée que moi … d’une année mon aînée…
Elle était charmante pas du tout belle …
Elle avait presque 1m58 un peu rondelette, une peau mate, des cheveux très fin d’un châtain clair et un regard tellement bon et naïve que beaucoup prenait pour idiot.
Mon amie avait un problème …
Je le qualifie de problème parce que le regard de notre société si vicieux … si voyous … si con la rendue ainsi
Elle avait une forte poitrine … Porter du 100 C, lui a toujours empoisonné la vie …
Elle était …
Sans cesse, à la recherche du modèle qu’il faut pour cacher son désarroi … pour minimiser sa honte… pour échapper à la vulgarité de la rue … pour fuir les intentions vicieuses…
Je pense que « ce problème » a infecté sa personnalité …
Elle s’est effacée au fil du temps…
Ses parents la culpabilisait d’avoir un physique attirant des problèmes… Et elle en souffrait...
Elle ne voulait qu’une seule chose se fondre dans la société pour être plus libre... plus indépendante et peut être ainsi heureuse
Son rêve était de faire une opération d’esthétique pour rentrer sa poitrine dans les normes sociales dès qu’elle pourrait rassembler l’argent nécessaire...
Je me souviens à la vingtaine, ses parents surveillaient ses allées et ses retours … épiaient ses faits et ses gestes…
Ils la considéraient faible, incapable de se défendre …
Naïve, incapable de se protéger … Donc, on lui interdisait les sorties… les amis (es)… les voyages seule… enfin TOUT
Sa vie se résumait à la lecture… à la télé … au ménage et … à MOI.
J’ai été sa bouffée d’oxygène …
J’ai été son lien avec le monde extérieur …
J’ai été la vie
Elle vivait à travers mes histoires, mes aventures et mes apprentissages …
Elle était ma confidente …
Elle était mon journal intime…
Elle était ma conseillère
Je l’aimais …
Je me souviens qu’à chaque fois que la vie me giflait… j’accourais vers elle lui raconter mon mal comme une petite fille en pleurs
Ce n’est que par des heures et des heures que toutes les deux, avions appris comment analyser et décortiquer une situation…
Comment modérer entre principes puisés des livres et leçons tirés du réel de la vie…
Comment assouplir valeurs et conseils que nos parents essayaient de nous inculquer et le fait qu’eux mêmes ne s’y effectuaient pas
Grâce à elle j’ai appris à construire ma propre boussole... MAIS elle, NON.
Et puis un jour … On s’est disputé
Ce n’était pas une vraie dispute … disons qu’on a eu une petite altercations et … chacune s’est lovée sur elle même et n’a pas cherché à rappeler l’autre…
Voici l’histoire qui nous a séparé :
Je ne suis ni conservatrice ni traditionaliste …
J’estime que chacun est libre de faire de son corps et de sa vie ce que bon lui semble mais je pense qu’il y a certaines décisions qui nécessitent une mure réflexion et une conscience totale des conséquences
Mon amie a toujours voulu se marier … Un mariage avec tout le tralala qui lui est du
Elle rêvait du prince charmant … qui allait venir la faire sortir de l’enfer familiale …
Il y a un an et demi, à 34 ans passés, ses parents se sentant coupables je crois, ont décidé de lui donner sa liberté …
La liberté de sortir … de rentrer quand elle veut … de passer la nuit chez une copine… etc.
Je pense qu’ils se désespéraient du fait qu’elle ne s’est pas encore mariée et ils voulaient qu’elles multiplient les occasions pour qu’elle puisse rencontrer quelqu’un
A chaque fois, qu’elle faisait la connaissance d’une personne … Elle venait me raconter chaque détail après que ça s’est fini …
Elle était comme un enfant qui était entrain de découvrir le monde …
Mais... Libérer une fille à 34 ans, alors qu’on lui a jamais appris les dessous de notre société … c’est bête.
Plonger une personne en mer alors qu’on lui a jamais appris à nager c’est inconscient …
Donner d’un coup à une jeune fille une forte dose de liberté sans lui apprendre à se défendre …
Ce n’était pas bien
Elle était pire qu’un bébé…
Elle avait besoin de toucher le feu pour qu’elle comprenne ce qu’est le feu …
Elle avait besoin d’expérimenter par elle même la vie … Mais je savais que le moindre coup de poing allait la détruire
Un jour, elle m’a téléphoné pour me dire qu’elle allait venir à mon bureau et qu’elle avait un truc important à me raconter …
Au cours du déjeuner, elle m’apprend qu’elle a rencontré quelqu’un à la cinquantaine, divorcé et qu’elle en est folle amoureuse
Le monsieur n’est pas prêt pour se remarier … il le lui a dit mais peu importe elle en était dingue
Plus elle avançait dans son récit et plus je palissais … et je tremblais de peur pour elle dans mon cœur
A la fin de notre déjeuner, elle a reçu un coup de fil de lui … Et ma foi, j’ai été étonnée de voir son visage qui virait du rouge au pourpre … (i tofla zibda dhèbet wèna netfarrej … !!!)
Après qu’elle a raccroché elle m’a annoncé qu’elle allait le voir et moi comme un disque cassé :
« fais attention à toi... Téléphone à moi s'il y a le moindre problème puis ce n'est pas un homme pour toi ... tu dois penser à toi ... à connaitre quelqu'un avec qui tu pourrais construire un foyer»
Mais en vain, mes conseils sont tombés dans l’eau … elle ne veut que lui et on s'est séparé à cause d'un con
J’ai été dure, je voulais la guider comme si c’était une gamine de dix ans et …
Dans mon fort intérieur, je me disais qu’elle allait perdre son temps et rater des opportunités pour pouvoir se marier et fonder une famille...
Elle n’avait ni fortune pour acheter un mari ni une beauté pour ensorceler un prétendant … ni de la jeunesse pour attirer tout bonnement un homme …
C’était un petit canard boiteux bon, naïf et qui manque de confiance en lui …
C’était un petit enfant à la recherche du bonheur …à la recherche d’amour et de tendresse …
C’était une petite fille qui aspirait à avoir de la sécurité et beaucoup de stabilité…
Devant mes leçons à la con… elle s’est fait petite... Et depuis on a rompu tout contact.
Hier soir, par un hasard j’ai eu de ses nouvelles et j’ai appris qu’elle est morte depuis une semaine
Elle s’est éteinte le 02 janvier 2008… à la suite d’un cancer qui s’est déclaré voilà 8 mois
Après des semaines et des semaines de souffrance et une lente, très lente descente dans l’horreur de cette mort…
Elle est partie sans que j'ai pu lui dire adieu...
Et aujourd’hui je réalise une chose tout à fait troublante :
On ne sait jamais lorsque c'est la dernière fois.
La dernière fois que je l'ai vue avoir un regard lumineux, j'ignorais alors que c'était la dernière fois.
La dernière fois que je l'ai vue avoir un fou rire, j'ignorais alors que c'était la dernière fois.
La dernière fois qu’on a partagé des secrets pour construire l’histoire de notre amitié, j'ignorais alors que c'était la dernière fois.
La dernière fois que nous avons été dans le rire … dans les pleurs … main dans la main, j'ignorais alors que c'était la dernière fois.
La dernière fois qu'elle a plaisanté, qu'elle a espéré, la dernière fois qu'elle a pleuré…Bon dieu, j'ignorais alors que c'était la dernière fois.
La dernière fois qu'elle m'a conseillé … qu’elle m’a guidé, j'ignorais alors que c'était la dernière fois
La dernière fois que je lui ai tourné le dos, j'ignorais alors que c'était la dernière fois
Je viens de me rendre compte d’avoir vécu des tas de dernières fois sans le savoir…
Je me sens mal