Regard sur la Vie ... sur ma Société au fil du Temps...
je n’ai jamais été vraiment heureuse pendant les années 80 ou même après … ces années là étaient sûrement importantes pour moi dans le sens le plus profond pour ce que je suis maintenant Je suis née en 1971 et j’ai vécu mon enfance au bord de la mer… comme une marmotte vêtue d’un deux pièces rouge bordeaux, munie d’un sceau, je m’aventurais dans les rochers dans le vieux port de Monastir … je traquais les huîtres.. les verres, les coquillages .. et les moules sous le regard royal et fier de mon père Là … j’ai été heureuse … dans mon inconscience … dans mon innocence … dans les bras paternelle de ma sécurité… et puis je suis dingue des huîtres et des moules
Les années 80 marque pour moi un tournant terrifiant puisqu’on a déménagé à Tunis … en ville … dans un appartement et voilà que je commence à apprendre mon premier mot : Adaptation Comment s’adapter à ne plus respirer l’air frais ? Comment s’adapter à vivre dans une boite à allumettes alors que le matin tu te réveillais sur le joli bleu d’une mer à perte vue ? Comment s’adapter à un corps qui grandit … qui se développe sans se soucier de moi qui au fond n’avait yeux que pour sa petite poupée qui parle … et son sceau qui ne sert plus à grande chose ? Comment faire face à ces regards insistants et vicieux de ces hommes qui ressemblent étrangement à ton père mais avec des sourires mielleux, hypocrites et criminels ? Comment repousser leurs mains baladeuses et leurs intentions dégoûtantes ? Comment assumer son corps, ces soit disant principes tirés de traditions nulles et bidons et qu’on nous inculque que fictivement ?
On ne s’adapte pas… quant on a pas le choix … on s’échappe dans le monde des rêves… rêver du prince charmant … rentrer dans l’univers des livres et des romans à l’eau de rose… se bercer de la musique … c’est vrai Madonna avec Papa d’ont preach … Duran Duran avec un Simon le Bon beau comme un Dieu …. Ma chambre était devenue un monuments de posters et mon placard demeure à ce jour un refuge pour pleurer quant ça n’allait pas
Mais voilà le temps passe les années 90 arrivent avec leurs lot de petits bouts de bonheur et de malheurs… et là j’apprends un nouveau mot : perte
Avec le divorce des parents, on perd tout
Perdre la sécurité, la stabilité … perdre ses illusions et ses rêves
Avec des parents qui s’entre-tuent … on devient fragile et une proie facile pour les prédateurs et les pires sont ceux de sa propre famille
Perdre la concentration et le goût des études … le goût de tout ... Perdre son innocence pour rentrer dans le monde des adultes … apprendre à jongler .. à faire face à cette hypocrisie, à cette bassesse des uns et des autres. Comment apprendre à se protéger … à tirer de ses faiblesses une force … à s’élever … à ne pas tomber et se faire piétiner et là j’apprends un troisième mot un jolie verbe : Assumer... Assumer ses erreurs … assumer son corps … assumer ses faiblesses … assumer sa beauté … assumer ses échecs … assumer ses propres principes … assumer sa famille…
C’est ça ma force et figures toi on m’admire et m’envie beaucoup …
L’an 2000 sonne le glas pour nous dire qu’il est là et que moi, aussi… je suis encore là… mais Octobre 2004 mon père part … j’espère pour un meilleur monde C’est le coup de grâce je crois… je perds le seul homme que j’admire… que je respecte … que j’aime et que je déçois parce qu’il est mort inquiet pour moi … face à mon refus aveugle de me marier … et depuis je n’ose pas aller au cimetière Alors, aimer les années 70, 80, 90 ou 2000 c’est en général lié à ce qu’on a vécu … et moi, j’ai vécu pas mal de choses … et malgré tout j’ai été heureuse Un simple sourire de ma nièce de 9 mois, le regard colorée de joie de ma chienne à ma vue, l’arc en ciel d’un matin de grisaille, des spaghettis à la tunisienne, une bonne bouteille d’un vieux vin lors d’un bon dîner, m’acheter une robe, un pantalon … et jouer le mannequin devant ma glace dans ma chambre, faire détourner les têtes à mon passage, prendre mon café le matin en regardant les conneries de Morning Café sur M6, lire un bon livre le matin dans le métro ou le soir en rentrant, perdre mon temps au fripe … etc Tout me rend heureuse